Le Liberté La saison

L'Art Brut dans le monde, à Bali, au Bénin, en Inde et au Japon

Hall du théâtre

Photographies de Lucienne Peiry

Entrée libre 

Autodidactes, les auteurs d’Art Brut élaborent un système d’expression personnel et produisent des travaux pour leur propre usage, en dehors des cercles artistiques et sans s’y référer. Ils sont à mille lieues de considérer leurs créations comme des œuvres d’art.

Ignorants des conventions sociales, réfractaires aux règles culturelles, ils transgressent, volontairement ou non, les habitudes et imaginent un univers symbolique : des œuvres où ils inventent les sujets, les modes de représentation et de figuration, les moyens techniques. Le recours à des matériaux usagés, humbles, mis au rebut, est fréquent. Les auteurs d’Art Brut sont des inventeurs aussi ingénieux que désinvoltes.

À contre-courant, ils n’éprouvent pas le besoin de reconnaissance. Leurs productions n’ont pas de destinataire, dans le sens ordinaire du mot, car ils ne s’adressent qu’à eux-mêmes ou, parfois, à quelque entité imaginaire ou spirituelle.

La rencontre avec Ni Tanjung, Ezekiel Messou, Nek Chand et Eijiro Miyama, sur leur lieu de vie et de création, permet de sentir le rôle essentiel que jouent leurs œuvres dans leur existence. Face à ces productions d’Art Brut des quatre coins du monde, nous sommes devant une expression universelle, au plus près des premières pulsations de la création.

Lucienne Peiry

LES EMBERLIFICOTEURS

Formées par Lucienne Peiry, les deux artistes plasticiennes Pauline Léonet et Hildegarde Laszak ont mené, avec le soutien de la Politique de la Ville de Toulon, une semaine d’ateliers de découverte de l’Art Brut avec des associations toulonnaises. Suivez les ateliers sur le Blog des actions
Les œuvres réalisées, inspirées des Cocons magiques de Judith Scott, font partie de l’exposition.

Lucienne Peiry est historienne de l’art, spécialiste d’Art Brut, commissaire d’expositions, conférencière et auteure de publications.
Elle a occupé le poste de directrice de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne, pendant dix ans (2001-2011) et a favorisé l’enrichissement et le rayonnement du musée en Suisse et à l’étranger – qui contient la collection réalisée par le peintre français Jean Dubuffet, offerte en donation à Lausanne en 1971. Lucienne Peiry a organisé trente expositions en Europe et au Japon, et donné des conférences ainsi que des cours en Europe, aux États-Unis et au Japon. Elle a mené des recherches de nouveaux auteurs d’Art Brut dans le monde afin d’enrichir les collections du musée, d’étudier et de faire paraître des ouvrages et des films documentaires à propos de ces nouvelles découvertes. Elle a également été directrice de la recherche et des relations internationales de la Collection de l’Art Brut pendant trois ans (2011-2014).
Lucienne Peiry a consacré sa thèse de doctorat à l’Art Brut et à l’histoire de la collection réalisée par Jean Dubuffet ; son étude a été publiée chez Flammarion en français, en anglais, en allemand et en chinois. Flammarion lui a proposé d’écrire la suite de cet ouvrage et de faire paraître une édition augmentée, enrichie de cinq cents illustrations, qui sort en automne 2016. L’ouvrage Bonhomme d’Art Brut, destiné aux enfants, a été publié à Paris, en 2015, aux éditions Thierry Magnier.
Lucienne Peiry donne un cours sur l’Art Brut à l’Université de Lausanne, à la faculté des Sciences sociales et politiques et à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, au Collège des Humanités. Elle tient une chronique artistique mensuelle à la RTS (Radio Télévision Suisse) dans l’émission À vous de jouer.


BIOGRAPHIES DES ARTISTES EXPOSÉS

Ni Nyoman Tanjung est née dans le village de Saren Kauh à Bali vers 1930. Issue d’une famille de paysans, elle n’apprend ni à lire ni à écrire, ne fréquentant pas l’école. Pendant l’occupation de l’île par les Japonais, de 1942 à 1946, l’adolescente est contrainte de participer aux travaux collectifs imposés. Elle se marie à l’âge de vingt ans et donne naissance à quatre enfants, dont trois meurent en bas âge – elle perd alors pied avec la réalité. À partir de l’an 2000, elle construit un grand autel insolite à l’aide de pierres volcaniques qu’elle trouve dans le lit de la rivière, sur lesquelles elle compose des visages avec de la peinture blanche. Chaque matin, à l’aube, Ni Tanjung orne son autel de fleurs fraîches, chante et danse, seule dans ce lieu privilégié. Affaiblie par la mort de son mari, elle est recueillie par sa fille, vers 2011, et mène une vie austère, recluse et grabataire dans une petite chambre borgne. Durant la nuit, elle s’adonne à la création de personnages qu’elle découpe dans du papier et dessine à l’aide de craies grasses multicolores, et qu’elle assemble en arborescence. Ni Tanjung s’entoure de ses créatures qu’elle installe parfois en équilibre sur les fils tendus d’un mur à l’autre, comme des guirlandes. Grâce à ce dispositif, elle crée une foule imaginaire qu’elle regarde, l’appréhendant indirectement et à l’envers, dans le reflet de son miroir.

Nek Chand (1924-2015) est né dans un village de l’actuel Pakistan. Il a vingt-trois ans lorsque la partition de l’empire des Indes proclamée en 1947 le force à émigrer. Il s’établit en 1950 à Chandigarh pour travailler comme responsable de la construction des routes sur le projet urbanistique de Le Corbusier. Pendant sept ans, le jour, il collabore à l’édification de la nouvelle ville tandis que la nuit, il érige seul, clandestinement, sa propre cité, qu’il nomme le « Royaume des dieux et des déesses ». Chand défriche clandestinement un terrain qu’il s’approprie pour y amasser des centaines de pierres dotées selon lui d’une âme, récoltées au pied des contreforts de l’Himalaya – résidence des dieux pour les hindous – et transportées à bicyclette. À l’aide de mortier, il amalgame ces pierres avec des objets de chantier récupérés pour en faire des figures humaines et animales, les parant de tessons de verre, de fragments de céramique ou de capsules de bouteilles usagées. Les sculptures secrètes de Chand sont découvertes fortuitement en 1973 par le gouvernement, qui, au lieu de sanctionner leur auteur, le salarie pour assurer l’aménagement du lieu, aussitôt nationalisé. Chand conçoit l’organisation globale de l’espace : des collines, des terrasses en surplomb et des cascades dessinent un paysage dynamique. Plus de deux mille statues prennent place dans le Rock Garden : porteuses d’eau, danseuses, reines, musiciens, écoliers, mais aussi singes, lions, éléphants et oiseaux. Devenu public en 1976, le site serait le deuxième lieu le plus visité en Inde, après le Taj Mahal.

Ezekiel James Messou est né en 1971 au Bénin. À l’adolescence, il part au Nigeria et se forme comme réparateur de machines à coudre à Lagos. Père de famille nombreuse, il tient aujourd’hui son propre atelier de réparation de machines à coudre, à l’enseigne « Qui sait l’avenir », à Abomey, au sud du Bénin. Là s’entassent des modèles des années 1940 et 1950. Il puise dans ce cimetière de machines, les pièces détachées utiles à ses travaux de réparation, mais aussi l’inspiration pour ses dessins. Réalisés d’abord sur les murs de son atelier, ses dessins de machines à coudre lui servent en premier lieu d’aide-mémoire pour en faciliter le démontage et surtout le remontage. Pris progressivement à son propre jeu, Messou se plaît aujourd’hui à créer pour lui et à représenter, au crayon à la mine de plomb et dans des cahiers d’écolier, les anatomies des machines – rouages, manettes, mécanismes – selon un système de perspective personnel. Il inventorie également la parure, la marque et les numéros de série et note sur chaque pièce des détails mécaniques avant d’apposer le tampon de son établissement à la manière d’un copyright. Ezekiel Messou photocopie aussi ses dessins, attribuant une très grande valeur aux compositions reproduites.

Eijiro Miyama est né dans la préfecture de Mie, au Japon, en 1934. De tempérament solitaire, il ne s’est jamais établi nulle part et a vécu dans diverses régions du pays, exerçant des métiers variés, tels que manœuvre journalier dans la construction ou conducteur de poids lourds. Parvenu à l’âge de la retraite, il décide de louer une chambre dans une pension vétuste pour indigents à Yokohama, près de Tokyo, où sont regroupés sans-abri, chômeurs et exclus sociaux. Aujourd’hui, il pratique le karaoké mais, surtout, se livre avec une grande liberté à des parades, tous les samedis et dimanches : il se rend dans le quartier chinois de la ville – un lieu très animé – et sillonne les rues sur son vélo, fendant la foule en faisant fi des moqueries. Durant ses « performances » publiques et silencieuses, il arbore une fière poitrine (des faux seins), superpose des robes aux couleurs vives, achetées dans des vide-greniers, et accroche sur son dos des messages de paix et de fraternité qu’il rédige sur des cartons d’emballage. Miyama porte de hauts couvre-chefs excentriques réalisés par ses soins, parés de jouets de pacotille multicolores, de fleurs artificielles et de divers objets trouvés au rebut. Lors de ses sorties hebdomadaires tout aussi espiègles que protestataires, il fait de son corps un support d’expression.

SÉANCE DE DÉDICACE

Mardi 22 novembre à 19h, Lucienne Peiry dédicacera son livre L'Art Brut, Éditions Flammarion, 2016, dans le hall du Liberté.

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Lucienne Peiry
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