Le Liberté La saison

Les Tempestaires + Reburrus

Hall du théâtre

Vidéos de Laurent Millet et Sophie Mei Dalby

Entrée libre 

Les Tempestaires, vidéo de Laurent Millet, 2009 (20 min)

Que voit-on dans Les Tempestaires ? Un papillon prisonnier d’une vitre, des étourneaux énervés noircissant le ciel, un faucon bien dressé, des chasseurs excités, une meute de chiens, des sangliers traqués, un cheval sous la pluie, des chats errants, un caniche en laisse, un lapin fasciné par un chasseur d’images… Bref, beaucoup d’animaux et quelques humains qui ne semblent pas très différents des animaux, par leur comportement usuel, dans leurs rapports au milieu. Chaque scène est un bijou : cadrage, action, présence, durée, bruits ou silence, tout concourt à ciseler un moment magnifique de vie. Magnifique en lui-même mais aussi rendu magnifique par le regard qui l’isole, le saisit, le retient, l’offre. Une collection de points de vue forts. D’où tout de suite, impression de poésie, de vérité, de cruauté, de jamais vu. Il y a quelqu’un qui a fait ça avant Millet, ce tressage savant de réalités impeccables, dressées à faire le beau de mains de maître, à obéir à un calcul ciblé : c’est Bill Viola. Les Tempestaires rappelle le déroulement de Hatsu Yume, de I do not know what it is I am like. Même densité des scènes rapportées dans leur brutale durée. Même attention ethnologique face aux humains. Même obsession fraternelle envers les animaux. Même jouissance des atmosphères, des caresses des lumières et des ombres. Même goût de l’interruption de la vitesse réelle par la ponctuation de ralentis scrutateurs. Même surtout et enfin alignement libératoire de l’œil tranchant sur la pensée mobile.

Reburrus, vidéo de Sophie Mei Dalby, 2012 (7 min)

Reburrus, du latin hérissé, est un bestiaire contemporain. Cette vidéo est une série de portraits d’animaux qui vivent en captivité dans de somptueux zoos suisses. En reprenant les codes picturaux des bestiaires du XVIIIe et XIXe siècle, Sophie Mei Dalby travaille sur le rapport que l’Homme entretient avec l’Animal et quel statut lui est octroyé de nos jours. La volonté de coller à une forme de fantasme exotique reste omniprésente dans les zoos, ici la mise en scène de la nature est le décor de la scène, dont l’animal est le principal acteur, condamné jusqu’à la fin de sa vie à jouer son propre rôle. Cette comédie exotique, très présente dans l’histoire du bestiaire, renvoie aussi à la notion de colonialisme. Le fantasme du lointain, la puissance des animaux asservis hantent depuis les premières expéditions de colons, le monde occidental. Aujourd’hui, le zoo se veut être un lieu de prévention et de sauvegarde des espèces en danger, ce qui apparaît plus comme une justification, une déculpabilisation qu’une réalité ancrée. Dépossédée de son essence, la nature et la faune perdent peu à peu vie et s’éteignent, s’immobilisent.